Qu’elle pouvait, sur moi, évacuer sa haine.
Elle les détestait, tous autant qu’ils étaient.
Ses parents, ses amis, « l’homme » qu’elle avait aimé.
Elle venait me voir en pleine adolescence
A l’heure où l’on met, en corbillard, l’enfance.
Elle venait verser son venin, sa douleur,
Ses hontes, ses malaises, mais aussi ses bonheurs
Sur mes belles pages blanches de « journal des secrets ».
Elle venait sans crainte, me sachant très discret.
Pour m’aider à me taire il y avait un verrou.
Elle seule pouvait me confier son courroux.
Je connaissais le nom de toutes ses amies
La Aurore, la Myriam, mais aussi la Julie.
Mais je vous dis ici, n’attendait pas de moi
Que je mette au grand jour ses intimes émois,
Les douleurs de son âme ou ses tourments d’ado.
Je n’en dévoilerai ni les maux, ni les mots.
Non, non n’insistez pas, je ne vous dirai rien !
Se serait un outrage que je ferais aux miens.
Etre un journal intime est un très grand bonheur
Et trahir un secret serait un déshonneur.
Pour moi, évidemment, et pour mes congénères.
Alors n’insistez pas j’ai appris à me taire.
Pour devenir « journal » il faut le mériter.
Nous passons tout d’abord un concours de beauté.
Les plus moche par contre ne seront que brouillons.
Pour moi se fut facile. Avec les papillons
Argentés et dorés qui ornaient ma serrure,
J’étais bien le plus beau, sans commune mesure.
Un vieux journal intime qui n’avait plus de clé
Et destiné bientôt à être recyclé,
Nous fit passé le test de « non divulgation ».
Il fallait résister aux manipulations,
A toutes tentatives d’ouverture contrainte.
Pour voir si nous pouvions recevoir les complaintes.
Je gagnai haut la main. Je fus donc décoré
De deux petits crochets et d’un verrou doré
Marquant aux yeux de tous, l’honneur qui m’était fait.
Je partis à la vente pour supporter mon faix.
Comprenez-vous pourquoi je ne trahirais point
Les secrets les plus lourds ni ceux qui le sont moins ?
Exposé au 15ème salon national des artistes du canton de Florensac(2008)
